En étudiant en 2008 la façon dont une identité est perçue sur internet, j’ai pu remarquer combien la part secrète d’une identité jouait un rôle prépondérant quant à l’intensité de l’expérience qu’un utilisateur peut avoir lorsqu’il découvre un avatar. Il semble que la partie intentionnellement cachée d’une identité factice mette en valeur son avatar, de la même manière qu’un silence permet d’apprécier le son ou que le blanc révèle l’image et le texte.
L’attirance naît en grande part de l’inconnu, du besoin de pénétrer le mystère et d’en faire tomber les masques.
C’est la règle élémentaire de séduction qui semble d’autant plus valable sur Internet étant donné la capacité du médium à jouer sur le terrain du secret et de la dissimulation. Ainsi, la découverte d’un avatar sur Internet peut être stérile dés lors que la curiosité est rassasiée. Au contraire, si l’auteur de l’avatar ne laisse à voir qu’une mince partie de l’univers de sa création, l’intérêt qu’elle suscitera n’en sera que plus vif, pouvant mener jusqu’à l’enquête, l’étude approfondie, ou même la prise de contact.
Le mythe est présent dans toutes les civilisations et à toutes les époques. De tous temps, l’homme a préféré imaginer une mythologie plutôt que de subir son ignorance à propos des phénomènes inexplicables. Par conséquent, il semble logique que l’ère numérique se farde d’un ensemble d’acteurs légendaires modelés par les internautes eux-mêmes afin de pallier aux mystères inhérents à la dimension titanesque de la technologie. De la même manière que les éléments naturels restent incontrôlables, la maîtrise du médium Internet et l’anticipation des phénomènes relatifs aux réseaux et aux masses, est impossible. Construire une mythologie universelle propre à la culture Internet constituerait l’un des chantiers collaboratif le plus ambitieux de l’histoire du web. En s’inspirant d’une part des grands mythes fondateurs de l’humanité, et d’autre part des mécanismes sociaux du monde du logiciel libre et du savoir communautaire (Wikipedia), il deviendrait possible de mettre une imagination collective au service d’une fiction modulaire et infinie.
Schizologies est le préambule à cette idée, tendant vers une utopie envisageable seulement lorsque la technologie permettra une telle organisation d’idées.